Le scandale des Petits Chanteurs du Mont-Royal

Claude Braun

Ce texte a paru dans le numéro 4 de Cité laïque, revue humaniste du Mouvement laïque québécois


On apprend dans La Presse du samedi 10 septembre 2005 que la commission scolaire de Montréal (CSDM) a magouillé une combine contractuelle pour faire financer à 100% par le payeur de taxes la scolarisation, à l’école privée, d’une centaine de Petits Chanteurs du Mont Royal. Petits chanteurs Officiellement inscrits au collège Notre Dame, ils sont inscrits en plus à la Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont Royal. La seule formation qui distingue ces élèves des autres élèves du collège Notre Dame (financés, eux, à 60% par nos taxes) est la formation donnée à la Maîtrise. La CSDM a caché la vérité aux médias et aux syndicats sur le financement des études de cette cohorte d’élèves un peu spéciale. Le ministère de l’Éducation est dans le coup aussi puisqu’il a accepté de verser les fonds additionnels pour ce programme. La Fédération des Syndicats de l’Enseignement s’offusque, débusque et dénonce cet état de fait.

Soit. Déjà vu n’est-ce pas ? On a vu passer récemment une combine similaire, à Montréal, pour financer publiquement à 100% une des écoles juives privées. Mais qui sont les Petits Chanteurs du Mont Royal ? Quelles sont les organisations qui les financent, au-delà du payeur de taxes ? Que représentent-elles, ces organisations ? Que font-elles avec notre argent, ces organisations ? Cela, La Presse n’en dit rien.

La Maîtrise des petits chanteurs du Mont Royal fut fondée en 1956 par le père Léandre Brault (Montréal, 22 janvier 1920 - 12 novembre 1971), Congrégation de Sainte-Croix, qui en assurait la direction générale et musicale. Les directeurs de cette académie furent des prêtres. Outre une formation musicale professionnelle, les jeunes chanteurs reçoivent une formation scolaire complète de la 3e année du niveau primaire à la 5e année du secondaire. Composée de 20 petits chanteurs en 1956, la maîtrise en comptait 140 en 1990. Quoique principalement au service de l’oratoire (80 concerts par année), le groupe a effectué de nombreuses tournées musicales au Canada. La chorale effectue à chaque année des tournées de chant à l’étranger, et ils ont ainsi visité un grand nombre de pays. Le répertoire, formé surtout de pièces de la Renaissance et de chants grégoriens, est complété par un choix de chansons folkloriques françaises et québécoises. La chorale est aussi une entreprise, plusieurs disques compacts étant en vente présentement. Beaucoup d’activités des élèves se tiennent à un lieu situé au pied de l’Oratoire Saint Joseph, incluant toute la formation musicale, la préparation aux engagements, confirmation de la vocation, test de la vocation, cérémonie religieuse d’admission officielle à la chorale, etc.

Je résume. Un collège privé catholique (Notre Dame) et le gouvernement libéral du Québec rendent service à un collège ultra catholique (Maîtrise des Petits Chanteurs du Mont Royal) pour faire financer par les payeurs de taxes une formation d’élite à une cohorte d’élèves, qui tout en bénéficiant de cela, subit un assujettissement incroyablement intense au service de l’Église catholique. Ceci produit, à nos frais, une sorte de djihad des danseurs musulmans-jeunesse, ou de footballeurs sionnistes-en-herbe, financée par nous, les payeurs de taxes. En quoi de tous jeunes enfants mobilisés au service de ces autres idéologies différeraient-ils tant que cela de nos innocents enfants de choeur ?

Ceci crée évidemment, compte tenu des chartes des droits québécoise et canadienne, un cas dont peut légalement se prévaloir toute autre organisation religieuse pour exiger le même avantage. On a donc deux choix : on y va à fond avec le financement public des organisations religieuses déguisées en écoles, ou on cesse de financer tout établissement privé d’enseignement. Le mouvement laïque québécois a pris position sur cette question de la même façon que l’a fait la vaste majorité des organisations québécoises concernées par l’éducation (enseignants, gestionnaires d’écoles, commissions scolaires, associations parentales) : le Québec doit cesser de financer les écoles privées d’enseignement.

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