La démystification du phénomène religieux
Ou comment comprendre la religion
Gérald Blanchard
Ce texte a paru dans le numéro 7 de Cité laïque, revue humaniste du Mouvement laïque québécois.
DENNETT, Daniel, Breaking the Spell. Religion as a Natural Phenomenon, Viking, New York, 2006, 448 pages.

Le meilleur outil de compréhension du monde demeure la méthode scientifique. Il est urgent de l’appliquer au phénomène religieux pour en canaliser certaines manifestations inquiétantes.
La religion occupe régulièrement une place prééminente dans l’actualité. En plus, depuis le 11 septembre 2001, de nombreux livres et articles savants ont été publiés soit pour attaquer certains de ses dogmes et pratiques, soit pour défendre ses positions, ou tout simplement pour en déplorer les méfaits à travers l’histoire. Bien sûr, ceux qui souscrivent à la croyance qu’elle est d’origine divine la défendent dans son essence tout en faisant des mises en garde contre les abus des extrémistes fanatiques de tout crin.
Pour sa part, Daniel Dennett, dans son dernier essai, fait un plaidoyer pour qu’on soumette la religion à un examen neutre et objectif en utilisant les outils de la méthode scientifique pour en élucider les tenants et aboutissants. Il commence par passer en revue les travaux majeurs d’une brochette de chercheurs qui se sont inspirés de la sociobiologie pour formuler des hypothèses ou tout simplement pour décrire les manifestations religieuses à la lumière de la théorie de l’évolution par la sélection naturelle. Entre autres, il cite longuement les travaux récents des Scott Atran, Pascal Boyer, Richard Dawkins, Walter Burkert, Jared Diamond, Stephen J. Gould et Sam Harris. Cependant, pour sa trame de fond, il s’inspire surtout de David Hume et de William James qui, le premier au 18e siècle et le deuxième au 19e siècle, ont utilisé une méthodologie dérivée d’une approche rationnelle pour soumettre le phénomène religieux à un examen critique.
Dennett prétend que l’entreprise n’en est qu’à ses débuts et que les enjeux étant d’une importance capitale, il faudra y consacrer beaucoup d’efforts au cours des prochaines années. Son essai vise à baliser un tel projet.
D’entrée de jeu, il identifie les obstacles majeurs que devront surmonter les chercheurs. Parmi ceux-ci, en première ligne, il décrit la propension quasi universelle de toutes les sociétés humaines à valoriser la croyance plutôt que le scepticisme. Il parle de la croyance en la croyance, peu importe son objet, comme étant une valeur qui a pris forme à une époque préhistorique mais que d’aucuns considéreraient désormais comme une tare. Par ailleurs, pour illustrer comment certains penseurs ont toujours hésité à priver les humains de leurs illusions, Dennett raconte comment Nietzche, alors qu’il croyait avoir découvert que la vie n’était qu’une espèce de phénomène éternellement récurrente mais dépourvue de sens, a sombré dans un état de dépression, doutant que l’humanité puisse survivre au nihilisme qu’engendrerait une telle conclusion négative.
Avant de sauter à la conclusion que toute pratique religieuse est à condamner, Dennett suggère aux chercheurs de formuler des hypothèses vérifiables et d’analyser les données en toute transparence et dans les règles de l’art. Les conclusions parleront d’ellesmêmes. Il nous met en garde contre la tentation de sauter à des conclusions en laissant libre cours à nos préjugés. Il souligne qu’un projet d’étude pourrait conclure que certaines pratiques religieuses produisent des effets bénéfiques sans toutefois que cela n’affecte le contenu de vérité de leurs propositions. Il se permet même de questionner le bien fondé de la destruction de l’illusion d’un bonheur futur que les religions procurent aux êtres humains submergés par la misère et le désespoir.
Néanmoins, pour terminer, Dennett met l’accent sur l’urgence de comprendre le phénomène des religions qu’il compare, s’inspirant de Richard Dawkins, à des virus toxiques qui produisent des effets de plus en inquiétants : guerres, oppression des femmes, terrorisme, etc. Autrement dit, avant de prendre des dispositions de survie à l’égard d’une pandémie appréhendée, Dennett voudrait que nous soyons davantage prêts à agir en connaissance de cause.
L’auteur a été à tour de rôle enseignant, administrateur scolaire, directeur du développement pour la Fédération canadienne des enseignants, homme d’affaires, concepteur de logiciels et conseiller en gestion. Il est présentement à la semi-retraite.
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