Qu’est-ce qui ne va pas avec le hidjab ?

Éditorial

Daniel Baril, rédacteur en chef

Ce texte a paru dans le numéro 9 de Cité laïque, revue humaniste du Mouvement laïque québécois.


Loin d’être un simple bout de tissu, ce voile est la marque du fondamentalisme musulman.

Après les écoles, les tribunaux et les milieux de travail, les militants du hidjab sont maintenant à l’assaut des clubs sportifs. Deux nouveaux incidents se sont en effet produits ce printemps concernant le port de ce foulard dans des compétitions de soccer et de taekwondo.

En quoi un simple bout de tissu sur la tête peut-il constituer un empêchement légitime de participer à un sport? En fait, si ces musulmanes voilées (elles représentent entre 8 et 10 % des musulmanes) tiennent tant à ce voile, c’est justement parce que ce n’est pas qu’un simple bout de tissu.

Pour tenter d’y voir clair, demandons-nous pourquoi le hidjab pose problème alors que des tenues tout aussi exotiques, comme les tenues indiennes ou africaines, ne semblent déranger personne. Même le voile de Benazir Bhutto, l’ex-présidente du Pakistan, ne suscitait aucune réaction hostile. Ce n’est donc pas la différence qui dérange, contrairement à ce qu’affirment les «accommodatistes», mais ce qui est exprimé par ce type spécifique de voile.

Tuer la beauté du monde

Lorsqu’une musulmane choisit de porter le hidjab – et donc de cacher son cou, ses oreilles et le moindre bout de cheveu –, plutôt qu’un autre type de foulard, un simple bandeau ou un médaillon symbolique de l’islam, elle ne fait pas qu’exprimer son identité musulmane mais le choix d’un type d’islam, c’est-à-dire l’islam fondamentaliste ou intégriste. Elle franchit un pas qui la distingue des autres musulmanes et indique qu’elle fait désormais passer sa religion avant toute autre considération. Les musulmanes voilées et les sikhs enturbannés sont les «bérets blancs» de l’islam et du sikhisme.

Les musulmanes voilées et les sikhs enturbannés sont les «bérets blancs» de l’islam et du sikhisme.

Ce choix de vie ne regarde que l’individu concerné mais, si le choix est fait en toute liberté, il faut accepter les contraintes qui viennent avec. On n’a pas à demander à ce que l’ensemble de la société civile – allant des employeurs jusqu’aux clubs sportifs ou les institutions publiques comme l’école et les hôpitaux modifient leurs règles pour s’ajuster à ce choix.

Les sports ont leurs propres codes vestimentaires – qui peuvent être justifiés par la sécurité, par la nécessité d’assurer les mêmes conditions à tous, par l’esprit d’équipe, par la discipline du sport lui-même. Si je veux jouer au golf, je ne pourrai pas le faire en short et en camisole; cet interdit n’est aucunement justifié par la pratique du golf ni par la sécurité; c’est le code du milieu. Si j’entre dans une mosquée, je dois enlever mes chaussures; de la même façon, les musulmans doivent accepter les règles du jeu en dehors de leur univers religieux.

Le hidjab exprime également un refus obsessionnel de la féminité difficilement acceptable en regard de nos valeurs. Ce voile vise en fait à «tuer la beauté du monde» et sa logique conduit au tchador et à la burqa. Lorsque le voile finit par couvrir tout le visage, il devient carrément antisocial; il est perçu comme un refus de communication et comme une agression.

Un linceul ensanglanté

Mais il y a pire encore. Le hidjab a son histoire et cette histoire n’est pas rose; elle est plutôt rouge. La vague actuelle de revendications associées au hidjab vient de la révolution khomeyniste de 1979 en Iran. Le mouvement intégriste a par la suite gagné les pays du nord de l’Afrique. Dans les années 80 et au début des années 90, c’est par milliers que les femmes iraniennes, égyptiennes, algériennes et afghanes ont été violées, défigurées au vitriol et égorgées pour ne pas avoir porté le voile. L’intégrisme musulman a ensuite débordé en Europe puis ici.

Le premier cas de hidjab à l’école s’est présenté en 1994 au Québec alors qu’au début des années 90 on ne voyait aucun hidjab à Montréal malgré que 45 000 musulmans y vivaient. Évidemment, l’immigration n’est plus la même. Mais il faut aussi savoir qu’un pays comme la Turquie, dont 99 % de la population est musulmane, a interdit le port du voile dans ses institutions publiques. L’Iran du Chah avait fait de même et des Égyptiennes ont aussi déjà réclamé son interdiction. L’Algérie d’avant le Front islamique du salut et la Palestine des années 70 ne connaissaient pas ce type de voile.

On ne peut pas nous demander d’ignorer ou d’oublier cette réalité. Vu sous cet angle, le hidjab apparaît comme un linceul ensanglanté; sa banalisation et son expansion partout dans le monde consacrent la victoire des intégristes. Que certaines musulmanes le revendiquent au nom d’un «cheminement spirituel» ne change rien à ce fait. Qu’on nous explique pourquoi le cheminement spirituel passe tout à coup la forme par le port de ce vêtement imposé par le sang. Si, par ailleurs, il s’agissait vraiment d’exprimer un cheminement spirituel, pourquoi ne serait-ce le lot que des femmes et pourquoi l’impose-t-on aux non-musulmanes dans les pays islamistes?

Le hidjab est en fait un instrument de régulation du rapport entre les sexes. C’est le bout du fil de l’intégrisme religieux : tirez sur ce fil et tout le reste viendra avec. Une société démocratique doit savoir fixer ses règles et ses limites et ne pas céder à ceux qui veulent faire prévaloir leurs principes religieux sur l’ensemble des règles de la vie sociale et ceci au détriment des lois civiles laïques.


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