Se tenir debout… devant l’intégrisme
La Presse, 20 juillet 2001
Daniel Baril, Président du MLQ à l’époque
Dans son éditorial du 20 juillet dernier (Se tenir debout), Michèle Ouimet réduit le point de vue des opposants à l’érouv - ce mur symbolique que les Hassidim ont érigé autour d’Outremont - à une simple question d’antisémitisme, et se réjouit du fait que le Mouvement laïque québécois n’ait pas porté la cause en appel.
Plusieurs raisons auraient pu justifier un appel, mais nous sommes piégés par le fait que le principe de la laïcité sur lequel nous basons notre action n’est pas explicitement reconnu par les lois. Les lecteurs de La Presse auraient par ailleurs eu droit, en guise d’éditorial, à un peu plus de discernement que la simple répétition du point de vue du juge Hilton.
Le juge Hilton a considéré que l’érouv était essentielle à la liberté de religion des Hassidim, un point de vue que partage Mme Ouimet. Or l’érouv ne concerne pas l’exercice du culte mais la vie sociale. Elle permet de déroger à des interdits que les Hassidim s’imposent mais qu’ils trouvent paradoxalement trop lourds. Ceci était d’ailleurs explicite dans les documents soumis par les requérants : l’érouv « make life more convenient and pleasant ». Lorsque les catholiques ont considéré que l’obligation de faire maigre le vendredi était trop lourde, ils n’ont pas demandé aux maires de délimiter des quartiers où ils auraient eu le droit de manger de la viande.
L’érouv nécessite également une proclamation de la part des autorités civiles. Si on accepte ce principe, pourquoi les maires ne proclameraient-ils pas aussi le ramadan et l’année sainte ? Où placera-t-on la limite entre le civil et le religieux ?
Mme Ouimet reprend cet autre argument du juge Hilton qui mentionnait que d’autres dispositions religieuses existent dans nos lois ; elle lance pêle-mêle des exemples comme les décorations de Noëls, les exemptions d’impôts pour les corporations religieuses, en oubliant la suprématie de Dieu dans la constitution. Quoique l’on puisse dire sur ces réalités, un fait demeure : on ne trouvera aucun autre exemple d’appropriation permanente de l’espace public par un groupe religieux ou ethnique qui cherche à faire prévaloir ses préceptes sur les lois civiles. Cette préséance du religieux sur le civil, que l’on appelle insidieusement « accommodement raisonnable », c’est ce qui est désigné au dictionnaire par le terme intégrisme.
L’approche de l’accommodement raisonnable n’est en fait rien d’autre qu’une aberration suscitée par la domination du christianisme dans la culture publique. Au lieu de remettre en question cette imprégnation de la société civile par le religieux, on cherche à accorder des miettes à tout un chacun sans se soucier de l’incohérence que cela entraîne pour le projet de société ni de l’inévitable maintien des inégalités. Dans une démocratie républicaine, la culture publique commune serait construite sur le principe de la laïcité qui permet à tous les groupes d’avoir droit au même traitement, à la même considération et à la même liberté.
L’argument voulant qu’une « société laïque à 100 % n’existe pas », comme l’écrit l’éditorialiste, peut quant à lui se résumer à ceci : une discrimination déjà existante peut en justifier une nouvelle !
Finalement, Michèle Ouimet considère que le maire d’Outremont s’est écrasé devant une poignée de xénophobes au lieu de se tenir debout. La position qu’elle considère verticale auraient été en fait un à-plat-ventrisme devant l’intégrisme et la ghettoïsation qui nous guettent.
Sous-pages
Recherche
Outils
Plan du site
- Présentation
- Prix Condorcet-Dessaulles
- Historique du Prix Condorcet-Dessaulles
- 2008 : Danielle Payette
- 2007 : Yolande Geadah
- 2006 : Daniel Baril
- 2005 : Paul Bégin
- 2004 : Rodrigue Tremblay
- 2003 : Janette Bertrand
- 2002 : Mouvement laïque de langue française
- 2001 : Pierre Bourgault
- 2000 : Jacques Hébert
- 1999 : Orphelins et orphelines de Duplessis
- 1998 : Les signataires du Refus global
- 1997 : Institut Canadien de Montréal
- 1996 : Louise Laurin
- 1995 : CEQ
- 1994 : Henry Morgentaler
- 1993 : Micheline Trudel
- Cité laïque
- Percutant et pertinent
- Rédaction de la revue Cité laïque
- Numéro 16
- Numéro 15
- Numéro 14
- Numéro 13
- Numéro 12
- Numéro 11
- Numéro 10
- Numéro 9
- Numéro 8
- Accommodements religieux
- Les accommodements religieux sont irrecevables
- La liberté de religion n’est pas un droit à la religion
- Les accommodements religieux sont essentiels
- Le créationnisme : masque de la droite religieuse, menace pour la laïcité
- Le Code criminel protège les propos religieux haineux
- Numéro 7
- Numéro 6
- Numéro 5
- Numéro 4
- Numéro 3
- Numéro 2
- Numéro 1
- Interventions
- Archives
- Liens
- English