2000 : Jacques Hébert
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| Jacques Hébert |
Extraits de l’allocution présentée par
Daniel Baril, président du MLQ
le 22 octobre 2000
Le Mouvement laïque québécois remet son prix Condorcet à Jacques Hébert. En tant qu’auteur, éditeur et sénateur, Jacques Hébert a toujours défendu les valeurs de l’humanisme laïque.
Jacques Hébert qui s’est fait, à titre d’auteur, d’éditeur, sénateur et d’humaniste, le défenseur de valeurs que nous situons dans l’esprit de la laïcité. C’est pour souligner l’ensemble des gestes posés en ce sens par M. Hébert que nous l’honorons aujourd’hui, et ces gestes sont nombreux.
En 1954, alors que le Québec croupissait toujours sous la grande noirceur, Jacques Hébert fonde le journal Vrai, un hebdomadaire de combat qui livre une résistance courageuse à la répression duplessiste, qui ose en dévoiler les scandales, les pots-de-vin versés aux amis du régime, et qui maintient sa ligne critique même si ses annonceurs se font parfois acculer à la faillite par Duplessis lui-même.
En 1958, avec Coffin était innocent, il lance sa première dénonciation de ce qu’il a qualifié de « plus grand scandale judiciaire du siècle ». Cinq ans plus tard, défiant les juges responsables de ce qui devenait « un cas de conscience à l’échelle de la nation », il en remet en publiant son célèbre J’accuse les assassins de Coffin qui lui vaut un outrage au tribunal. Au lieu de se plier au jugement l’enjoignant de renier ses idées, Jacques Hébert choisi la prison : voilà le geste courageux d’un homme qui ne craint pas de placer la liberté d’opinion, le sens de la justice et de la vérité au-dessus des manigances, des chantages et des menaces.
Entre temps, dans Scandale à Bordeaux (1959) il était l’un des premiers à éveiller la conscience du public à une cause dont les victimes n’ont pas encore obtenu réparation aujourd’hui, celle des enfants que l’on a appelés les « orphelins de Duplessis ». Cette cause est devenue aujourd’hui un autre « cas de conscience national » et Jacques Hébert est toujours du combat.
Jacques Hébert a aussi été le fondateur et le directeur des Éditions de l’Homme et des Éditions du jour. À la direction de ces deux maisons d’éditions, il a maintenu sa même ligne directrice qui est celle de la liberté d’opinion et n’a pas craint de publier des ouvrages qui s’inscrivaient à contre courant de la rectitude politique de l’époque. On pense entre autres à ce volume sur l’École laïque (1961) qui restera, jusqu’en 1995, l’un des seuls titres québécois traitant de la question. L’éditeur écrit au sujet de ce livre que, même s’il ne partage pas tous les propos de ses auteurs, sa publication vise à empêcher que l’on continue de dénaturer l’idée de laïcité.
Jacques Hébert n’a pas fait qu’écrire et publier ; il toujours été un homme d’action. En 1963, avec son ami Pierre Elliott Trudeau, il fonde la Ligue des droits de l’homme, aujourd’hui Ligue des droits et libertés, dont il sera le président jusqu’en 1972. Cet organisme, que nous sommes heureux de compter aujourd’hui parmi les défenseurs de la laïcité, a été de tous les combats pour la défense des droits fondamentaux avant même l’adoption des chartes canadienne et québécoise.
Même en tant que sénateur, Jacques Hébert s’est démarqué en conservant les idéaux qui l’ont toujours animé et qui ont guidé son action. En 1987 il livre une autre lutte mémorable et salutaire, cette fois aux côtés du Mouvement laïque québécois : alors que l’Opus Dei, par un projet de loi privée présenté devant le Sénat, cherchait à échapper aux lois fiscales canadiennes, Jacques Hébert est parvenu par ses nombreuses interventions à sensibiliser les milieux politiques et l’opinion publique aux dangers que représente pour la démocratie un tel accroc injustifiable aux lois civiles et à mettre en garde contre les dangers que représente pour les jeunes cette secte internationale qualifiée de Sainte Mafia. Son intervention fit en sorte que la puissante Opus Dei finit par renoncer à contourner nos lois. Il s’agit là, à notre avis, d’une éloquente défense du principe de la primauté des lois civiles sur les lois religieuses, c’est-à-dire de la laïcité de l’État.
Si Jacques Hébert a pris sa retraite du Sénat, il n’a pas abandonné l’action pour autant. On le retrouve aujourd’hui comme vice-président d’Info-secte, un organisme de défense des droits des victimes des sectes et de sensibilisation du public. Il joue également un rôle actif au sein du Comité d’appui aux orphelins de Duplessis, une cause pour la dignité et la liberté de conscience qui nous montre bien, elle aussi, que les organisations religieuses n’ont pas à se considérer au-dessus des lois.
Et tout récemment, Jacques Hébert reprenait la plume pour livrer une virulente dénonciation du duplessisme, Duplessis non-merci !, au moment même où un courant révisionniste cherche à réhabiliter ce fossoyeur des libertés. Dans cette charge méritée contre l’artisan de la grande noirceur, l’auteur livre une critique sans merci à l’égard d’un Duplessis dictateur qui ne croyait pas au processus parlementaire, qui vouait une haine viscérale à toute forme d’opposition, qui professait un anticommunisme primaire et un antisyndicalisme hystérique, qui a fait voter — à la demande du clergé — la loi du cadenas, qui réprimait la liberté de religion et la liberté d’opinion jusqu’à retirer aux non-catholiques et même aux cousins de ses adversaires politiques leurs permis de restaurateurs, qui vouait un mépris incommensurable aux intellectuels, qui a donné au Québec un emblème national cléricalo-monarchiste, qui a orchestré en toute connaissance de cause le drame des Orphelins, cette charge — dans laquelle Jacques Hébert nous rappelle également l’admiration d’un Lionel Groulx pour Mussolini et Salazar — cette charge nous réjouit le coeur parce que Duplessis représente le contraire même de tout ce que nous défendons.
Ce que Jacques Hébert dénonce chez Duplessis révèle du même coup son parti pris pour la démocratie, pour la liberté, pour la justice, pour le respect, pour la dignité, pour la liberté d’opinion, pour la liberté de conscience, pour la séparation des Églises et de l’État, autant de valeurs pour lesquelles il a toujours lutté, que l’on considère comme républicaines et qui sont l’expression même de la laïcité.
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