2003 : Janette Bertrand
Le Mouvement laïque québécois rend hommage à l’exceptionnelle contribution de Janette Bertrand à l’éducation de citoyens libres et responsables
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Hommage À Janette Bertrand
Éducatrice de citoyens libres
Montréal, 30 novembre 2003
Qui au Québec ne connaît pas Janette Bertrand ?
Animatrice, auteur dramatique, comédienne, conférencière, éducatrice, artiste engagée et contestataire elle a marqué plusieurs générations de québécoises et de québécois ; elle a participé à leur prise de conscience des diverses facettes de la vie en société.
D’autres que le Mouvement laïque québécois, avec sans doute de meilleurs titres pour le faire, ont souligné la variété de ses talents et ont rendu hommage à la qualité de son écriture, à son inventivité comme auteure à la justesse de ses interprétations dramatiques, à sa grande capacité d’écoute, à son génie de la communication et, tout particulièrement, à son empathie naturelle qui sait mettre à l’aise les personnes dont elle anime les discussions sur les sujets les plus divers.
Il nous fait plaisir de nous associer à ces hommages déjà rendus à Janette Bertrand. Ils sont amplement mérités.
Mais ce qui intéresse particulièrement le Mouvement laïque québécois, c’est la remarquable contribution de Janette Bertrand à l’élimination de préjugés, à la réhabilitation des exclus de notre société et à l’instauration d’un nouveau climat d’ouverture et de respect mutuel dans les discussions publiques de problèmes relevant des options morales.
Par son action, Janette Bertrand a fait progresser le respect de la liberté de conscience et la tolérance des comportements individuels hors norme qui ne nuisent en rien à la sécurité, au bien-être et à la liberté des autres personnes.
Avant Janette Bertrand, il y avait de nombreux sujets tabous en raison de leurs rapports avec la morale officielle des grandes religions et, tout spécialement, des Eglises chrétiennes. Par exemple, on ne parlait d’homosexualité dans des émissions éducatrices qu’après avoir pris la précaution de dire qu’elle était une déviance.
Comment aurait-on pu, dans un climat de sympathie à l’égard des personnes concernées, aborder leurs problèmes reliés à la transsexualité.
C’est à peine si on abordait sur la pointe des pieds la vie sexuelle des divorcés, la sexualité hors mariage ou la contraception chez les élèves de l’école secondaire.
Le grand mérite de Janette Bertrand, du point de vue qui nous occupe, c’est d’avoir balayé ces tabous, sans pourtant mettre de côté les préoccupations morales.
C’est d’avoir rendu possible le fait que des questions dites d’ordre moral puissent faire l’objet d’un débat public.
C’est d’avoir fait grandir et triompher une conception de la morale fondée non plus sur des commandements tatillons venus de l’au-delà mais bien essentiellement sur le respect de la personne humaine, de ses droits fondamentaux et de ses libertés fondamentales.
C’est d’avoir propagé une morale qui résiste aux atteintes à la vie, à la sécurité, au bien-être, à la liberté et à la dignité des personnes que sont les génocides, le racisme, le sexisme, l’homophobie, les agressions sexuelles, la torture, l’exclusion sociale, l’exploitation des humains par d’autres humains et l’esclavage sous toutes ses formes aussi bien que les idéologies qui appellent à la guerre sainte ou qui prétendent justifier des guerres injustifiables avec la complicité des personnages de ses dramatiques et de ses invités aux discussions télévisées, elle a permis la remise en place d’une meilleure hiérarchie des valeurs morales.
Sans jamais fomenter quelque guerre des sexes, Janette Bertrand n’a jamais oublié qu’elle était une femme dans une société où la condition féminine avait grand besoin d’être valorisée.
La femme, la vie des femmes et la vision féminine du monde prennent une place très importante dans ses dramatiques aussi bien que dans ses sujets de discussion. Féministe, elle le fut de façon efficace.
Éducatrice dans l’âme, éducatrice de toujours, elle s’est beaucoup intéressée à la situation des adolescents et adolescentes pour les aider à se prendre en main et à trouver une solution à leurs problèmes de tous les jours qu’il s’agissent des relations entre filles, des relations avec les jeunes du sexe opposé, de l’apparence physique ou du sentiment d’exclusion vécu par certains.
En leur donnant la parole pour qu’ils expriment leur point de vue et en discuter avec l’adulte compréhensive, elle el faisait de façon à les responsabiliser, mais aussi et surtout en ayant soin de cultiver et développer leur estime de soi.
Janette Bertrand fut et demeure une grande éducatrice et une grande motivatrice.
L’oeuvre de Janette Bertrand s’inscrit bien dans la lignée de celle du marquis de Condorcet, mathématicien, homme de science, philosophe et homme politique français, qui fut le promoteur de l’instruction publique universellement accessible, gratuite et obligatoire, qui voulait la même qualité d’éducation pour les garçons et pour les filles, qui lutta pour l’abolition de l’esclavage, qui fut un grand théoricien de la démocratie et de la laïcité.
Le Mouvement laïque québécois a le grand privilège d’attribuer le prix Condorcet à madame Janette Bertrand, une femme libre, en raison de son exceptionnelle contribution à l’éducation de citoyens libres et responsables pour une société démocratique et laïque.
HENRI LABERGE
Président du Mouvement laïque québécois
Radio-Canada : Joël Le Bigot s’entretient avec Janette Bertrand, 6 décembre 2003 (avec extrait audio)
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