Présentation du Prix Condorcet 2006

par Henri Laberge

À l’occasion de son 25e anniversaire
le Mouvement laïque québécois remet le Prix Condorcet 2006 à Daniel Baril

Henri Laberge au lutrin
Henri Laberge, président du MLQ, au lutrin

Le Mouvement laïque québécois, qui vous reçoit aujourd’hui, a maintenant 25 ans. Au cours du dernier quart de siècle, il a été associé à plusieurs grands débats de société. Il a constamment milité et milite toujours pour faire de la société québécoise une société vraiment laïque, c’est-à-dire une société qui respecte intégralement les libertés de conscience, de croyance, de religion et d’opinion ; une société qui n’accorde aucun privilège à quelque religion que ce soit ; une société où il ne devrait jamais être requis de révéler ses croyances ou sa non croyance pour exercer ses droits, avoir librement accès aux services publics ou profiter de quelque avantage que ce soit ; une société qui refuse toute forme de discrimination ou de ségrégation sur la base de l’origine, de la religion ou d’une autre appartenance communautaire.

C’est un lieu commun de dire que la société québécoise a beaucoup changé à cet égard depuis la Révolution Tranquille et surtout depuis 25 ans. Pour apprécier le chemin parcouru mais aussi l’importance de ce qui reste à faire, il faut revenir à l’histoire. Rappelons qu’avant 1960, notre société civile était hyper cléricalisée. La CSN s’appelait alors Confédération des travailleurs catholiques du Canada (CTCC). La CSQ s’appelait Corporation des instituteurs et des institutrices catholiques (CIC). L’UPA s’appelait Union catholique des cultivateurs (UCC). Chacune de ces organisations syndicales avait des aumôniers à tous les échelons de sa structure. Les aumôniers intervenaient de façon importante et souvent décisive dans les débats des instances. Les congrès généraux débutaient généralement par une messe solennelle et un message des évêques. Une situation analogue se vivait dans plusieurs organismes coopératifs, notamment dans les caisses populaires. Les oeuvres de bienfaisance relevaient du clergé et des communautés religieuses. Les universités francophones, toutes titulaires d’une charte pontificale, étaient gouvernées respectivement par un monseigneur-recteur, nommé par l’évêque du lieu, ce dernier ayant le titre de chancelier de l’université. Les sessions universitaires débutaient par la messe du Saint-Esprit. Les candidats à la fonction professorale devaient montrer patte blanche en matière doctrinale, à défaut de quoi l’évêque pouvait s’opposer à leur engagement. Les collèges classiques, qui avaient le quasi-monopole de l’enseignement pré universitaire relevaient aussi du clergé diocésain ou d’une communauté de prêtres-religieux. En lieu et place d’un ministère de l’Éducation, nous avions un Département de l’Instruction publique sous la domination du Conseil de l’Instruction publique. Ce dernier était divisé en deux comités, l’un catholique, l’autre protestant ayant respectivement l’autorité souveraine sur l’enseignement primaire et secondaire dispensé dans les écoles catholiques et protestantes. Les évêques catholiques du Québec constituaient la moitié du Comité catholique et le tiers du Conseil. Ils influençaient la nomination des autres membres catholiques. Les deux comités confessionnels ayant plein pouvoir sur l’enseignement, le Conseil de l’instruction publique ne se réunissait à peu près jamais.

En matière de déconfessionnalisation, le souffle de la Révolution tranquille a eu d’abord un effet sur la société civile. En quelques années, les grandes organisations syndicales et coopératives se sont déconfessionnalisées ; les aumôniers, en général, ne firent pas de difficulté à s’éclipser sur la pointe des pieds. Le MLQ ne s’attribuera pas des mérites que ne lui reviennent pas. Cette vague de laïcisation de la société civile s’est opérée avant lui. Il faut saluer cependant l’apparition, à cette époque, du Mouvement laïque de langue française (MLF), qui a apporté une contribution importante à l’évolution des mentalités, en même temps qu’il formulait des propositions pour transformer des institutions publiques.

C’est, en effet, au niveau de l’État et des institutions publiques que les bastions de la confessionnalité ont été les plus résistants (prestation sur les évangiles des serments d’office et des serments judiciaires ; confusion du mariage civil et du mariage religieux ; enseignement religieux confessionnel à l’école publique et à l’école subventionnée ; structures scolaires confessionnelles ; prière au début des séances de conseils municipaux ; omniprésence du symbolisme royal à saveur confessionnelle ; maintien du délit de blasphème dans le Code criminel, etc.). Dans le domaine de l’éducation, plus précisément, le législateur provincial était toujours tenu de protéger les privilèges confessionnels existants au moment de l’entrée de chaque province dans la fédération. Plus grave encore, il s’imposait à lui même la soumission aux directives des autorités religieuses. La Révolution tranquille, beaucoup plus tranquille que révolutionnaire à cet égard, va donc recomposer les structures politiques et administratives du système scolaire en laissant subsister, en renforçant parfois, la division confessionnelle.

C’est ainsi que, sous le gouvernement Lesage, avec l’équipe du tonnerre, la Loi sur le ministère de l’Éducation a prévu les postes de sous-ministre associé catholique et de sous-ministre associé protestant. Une autre loi institua le Conseil supérieur de l’éducation dont les membres étaient presque tous qualifiés comme catholiques ou protestants et dont le président et le vice-président devaient obligatoirement être l’un catholique et l’autre protestant. La loi instituait également un comité catholique et un comité protestant relevant théoriquement du Conseil supérieur, mais disposant respectivement d’un pouvoir réglementaire autonome sur le réseau scolaire confessionnel que chacun d’eux avait mission de chapeauter.

Avant ladite Révolution tranquille, les commissions scolaires de Québec et de Montréal étaient juridiquement confessionnelles de même que les commissions scolaires dissidentes parsemées ici et là. Ces privilèges confessionnels existaient depuis avant 1867 et, donc, étaient protégés par l’article 93 de la constitution de 1867. Ils ont été maintenus jusqu’à il y a peu de temps. Les autres commissions scolaires, qualifiées de communes, étaient juridiquement non confessionnelles. Paradoxalement, c’est le gouvernement Bourassa, après la Révolution tranquille, sous la pression du lobby anglo-protestant et, sans doute aussi, sous l’inspiration de l’ineffable Claude Ryan, qui établit juridiquement les deux réseaux confessionnels de commissions scolaires, chacun des deux couvrant l’ensemble du territoire québécois. Le Comité catholique du CSE, qui avait le pouvoir de reconnaître le caractère catholique des écoles, décida d’accorder automatiquement cette reconnaissance à toutes les écoles des commissions scolaires catholiques, C’est aux écoles voulant échapper à cette qualification automatique qu’incombait la tâche ardue de faire les démarches pour obtenir d’être singularisées.

L’enseignement religieux confessionnel conforme à la qualification confessionnelle de l’école était, en principe, obligatoire (ou, en tout cas, la règle générale qu’on n’avait pas besoin de choisir). Ce sont les parents dissidents (souvent pointés du doigt comme empêcheurs de prêcher en rond) qui avaient l’odieux d’entreprendre de difficiles démarches pour faire exempter leurs enfants de cet enseignement religieux. C’est dans ce contexte que naquit, en 1976, l’Association québécoise pour l’application du droit à l’exemption de l’enseignement religieux (AQADER). Il y a trente ans à peine, nous en étions encore réduits, au Québec, à devoir quémander un droit d’exemption à la règle générale, prévoyant l’enseignement religieux pour tous. Nous saluons donc le courage de ces parents regroupés en association, valeureux défenseurs de la liberté de conscience et de croyance, promoteurs de la liberté d’échapper à la propagande officielle. L’AQADER a contribué, sans aucun doute, à l’introduction de l’enseignement moral non confessionnel sur une base optionnelle. Ses membres se rendaient bien compte, cependant, de la nécessité d’élargir le front de lutte pour s’attaquer à d’autres éléments de l’indispensable laïcisation de la société québécoise. C’est pourquoi, elle décida, en 1981, de se transformer et de devenir le Mouvement laïque québécois avec des objectifs plus larges.

Bien que se donnant l’objectif ambitieux de faire triompher les principes laïques dans tous les domaines de la vie civique, des services publics et des institutions communes, le Mouvement laïque québécois (MLQ) a considéré dès le début la déconfessionnalisation du système scolaire comme sa première et principale priorité. Lorsque le gouvernement Bourassa entreprit de formuler ses cinq conditions pour la réintégration du Québec dans le giron constitutionnel canadien, le MLQ se signala en exigeant l’ajout d’une sixième condition : l’abrogation de l’article 93 de la constitution de 1867. En concertation et en collaboration avec la Ligue des droits et libertés et avec la Centrale de l’enseignement du Québec (devenue la CSQ), il suscita la création de la Coalition pour l’égalité des droits en éducation, pour revendiquer la suppression de tous les privilèges confessionnels en éducation, ce qui supposait, en préalable l’abrogation de l’article 93.

C’est à la table de concertation de cette coalition, où je représentais la CEQ avec Raymond Johnston, que j’ai rencontré pour la première fois Daniel Baril, qui y représentait le MLQ. J’ai été, dès le début, fort impressionné par sa rigueur, la passion et l’intelligence avec laquelle il exposait l’idéal de la laïcité. C’est à cette époque qu’il m’a recruté comme membre du MLQ dont j’ai été président à quelques reprises, souvent en alternance avec lui.

Comme vous le savez, le gouvernement Bourassa a refusé d’ajouter la sixième condition proposée. En conséquence de quoi ni la CEQ, ni le MLQ ne pouvait appuyer le projet d’accord négocié à Lac Meech. Le premier ministre nous avait laissé entendre, lors d’une rencontre, qu’il pourrait éventuellement utiliser la clause dérogatoire pour neutraliser, au besoin, les effets pernicieux de l’article 93. Nous avons perdu des énergies à tenter de lui faire comprendre que c’était impossible. Monsieur Bourassa, très aimable et gentil par ailleurs, démontrait sa grande naïveté doublée d’une ignorance crasse des mécanismes constitutionnels, puisque, évidemment aucune clause dérogatoire n’était applicable à l’article 93. Pierre-Eliott Trudeau n’avait-il pas pris la peine d’introduire, dans sa loi constitutionnelle de 1982, le fameux article 29 donnant priorité absolue aux privilèges confessionnels prévus dans la constitution sur toute disposition de la Charte des droits.

La nocivité de l’article 93 s’est révélée de façon particulièrement évidente en 1988 lorsque le Ministre de l’Éducation d’alors, nul autre que Claude Ryan, le doigt de Dieu, nous a servi sa version dite modernisée de la Loi sur l’instruction publique (loi 107, sanctionnée en décembre 1988) et qui traduisait législativement les exigences combinées des dispositions constitutionnelles relatives à la langue et relatives aux privilèges confessionnels. À l’époque, les communiqués de presse et les déclarations du Ministre laissaient entendre que la nouvelle loi avait pour effet principal de remplacer les commissions scolaires confessionnelles par des commissions scolaires linguistiques. Mais il n’en était rien puisque, conformément à l’article 93 de 1867, les commissions scolaires confessionnelles de Québec et de Montréal étaient maintenues et que le droit à la dissidence était reformulé de façon à ce que les catholiques et les protestants puissent obtenir leur commission scolaire séparée partout où ils se retrouveraient minoritaires au sein d’une commission scolaire linguistique. Or au moins un des deux groupes confessionnels privilégiés serait nécessairement minoritaire dans chaque commission linguistique. La division en deux réseaux risquait fort de devenir une division en quatre sur à peu près tout le territoire, avec le risque d’une division en six là où les catholiques et les protestants se retrouvaient minoritaires aussi bien du côté francophone que du côté anglophone. Les villes de Québec et de Montréal se voyaient attribuer d’office par la loi quatre commissions scolaires : francophone, anglophone, catholique et protestante. Dans les commissions scolaires linguistiques, les écoles pourraient être reconnues comme catholiques, protestantes ou neutres à la demande du conseil d’orientation. Les commissions scolaires confessionnelles devaient, pour leur part, administrer des écoles francophones et anglophones regroupées en réseaux distincts.

Remise du Prix Condorcet 2006

On aboutissait ainsi à un système scolaire extrêmement complexe et morcelé, tellement que la loi une fois votée et sanctionnée dormit sur la table des ministres successifs, qui n’osaient mettre en application un tel monstre. Il arriva pourtant, en 1993, que le ministre Chagnon, peut-être sans se rendre compte de l’énormité de son geste, annonça qu’il allait, lui, mettre enfin en application cette loi « modernisatrice ». Ce fut l’occasion pour le MLQ et la CEQ d’appeler à une nouvelle coalition : la Coalition pour la déconfessionnalisation du système scolaire, dont Louise Laurin ci devant directrice d’école, puis commissaire scolaire et, en même temps présidente du Mouvement national des Québécoises et des Québécois (MNQ) devint la porte-parole et le resta jusqu’à la victoire. La volonté inébranlable, le courage à toute épreuve et la ténacité de Madame Laurin ont largement contribué à maintenir la coalition en marche ; mais la contribution intellectuelle et le sens critique aiguisé de Daniel Baril y ont été pour beaucoup aussi. Il fallait de la suite dans les idées et nous en avons eu, ensemble, car il nous a fallu affronter et harceler plusieurs ministres, Chagnon, Garon, Marois, Legault, Reid et Fournier, les uns laïcisants velléitaires, les autres tenants plus coriaces du statu quo, mais tous tentés à un moment ou l’autre, en raison notamment des embûches constitutionnelles, de pratiquer la fuite dans les idées. Que de fois ne nous sommes-nous pas fait proposer des solutions qui n’en étaient pas : commissions linguistiques divisées en réseaux confessionnels pour remplacer les commissions confessionnelles divisées en réseaux linguistiques et autres fantaisies de ce genre. Il nous était apparu très clairement qu’aucune réforme scolaire se conformant à la lettre ou à l’esprit de l’article 93 ne pouvait être acceptable. Or, nos bien-aimés ministres ne voulaient pas ou n’osaient pas s’attaquer à l’article 93 et en demander l’abrogation. C’est la ministre Pauline Marois qui, après de nombreuses valses-hésitations, se résolut à demander que le Québec ne soit plus soumis à l’article 93 et la modification constitutionnelle fut réalisée avec une facilité plus grande que prévue avec la collaboration, à Ottawa, du Bloc québécois, du N.P.D. et du ministre Stéphane Dion, malgré l’opposition des alliancistes. À la suite de cette modification constitutionnelle, les commissions scolaires furent déconfessionnalisées sous la ministre Marois, les structures du ministère, le Conseil supérieur et les écoles elles-mêmes furent totalement déconfessionnalisées sous le ministre François Legault. Mais l’enseignement religieux catholique et protestant était maintenu pour les enfants dont les parents en feraient la demande. Enfin, c’est sous le ministre Fournier que fut adoptée la loi mettant fin à cette pratique à partir de 2008.

Tout n’est pas terminé dans le champ de l’éducation, car il y a toujours des institutions d’enseignement privées qui se donnent des projets éducatifs confessionnels ou qui recrutent sur une base ethnique ou confessionnelle. Il faudra combattre avec le même acharnement ce moyen légal détourné de pratiquer la ségrégation confessionnelle désormais interdite dans le secteur public, ségrégation qui sera entretenue et encouragée à l’aide des fonds publics.

Le Mouvement laïque québécois, sans négliger le front prioritaire de l’éducation, a mené aussi d’autres luttes nécessaires pour assurer la liberté de croyance de tous les citoyens et promouvoir leur égalité. Sous l’impulsion principale de Daniel Baril président à plusieurs reprises et membre à peu près sans interruption du Conseil national du mouvement, celui-ci a revendiqué ou appuyé l’adoption, notamment, des réformes suivantes :

  • la libéralisation des règles de célébration du mariage civil et d’union civile pour les rendre plus accessibles à tous ;
  • l’affirmation solennelle en remplacement du serment religieux devant les tribunaux en matière civile ;
  • l’abandon de la récitation d’une prière à l’ouverture des séances publiques des conseils municipaux ;
  • le respect du caractère laïque des lieux publics ;
  • la réforme du Code civil laïcisant les registres de l’état civil.

En ce qui concerne la récitation de la prière lors des réunions des conseils municipaux, nous avons gagné une première manche contre la Ville de Laval. La jurisprudence établie à cette occasion devrait inciter les autres municipalités délinquantes à abandonner cette pratique discriminatoire et attentatoire à la liberté de croyance des citoyens. Nous demandons au ministre des affaires municipales d’émettre une directive à cet égard. Signalons pour ce dossier, l’apport de Danièle Payette, la plaignante à Ville de Laval, de Me Luc Alarie, notre avocat, et de Daniel Baril, l’expert anthropologue qui a développé une argumentation solide.

Remise du Prix Condorcet 2006
Photo : Bernard Cloutier

Le Mouvement laïque québécois est fortement préoccupé par les revendications des intégristes religieux pour qu’on accorde aux groupes dont ils font partie des privilèges de toutes sortes, y compris celui d’échapper aux règles communes de la vie en société et de se doter de tribunaux séparés. Nous ne voulons surtout pas appuyer les mouvements qui cherchent à soulever la majorité contre les groupes religieux minoritaires. Il y a de la place pour tous, sans égard à la religion, dans le Québec laïque que nous voulons construire. Mais nous voulons l’égalité pour tous et la participation de tous à notre vie démocratique. Nous regrettons qu’un certain courant jurisprudentiel tende à interpréter la liberté de religion comme un droit pour les groupes religieux au soutien de l’État à leurs pratiques particulières. Voilà bien pourquoi, il nous apparaît important d’inscrire l’idéal et les principes de la laïcité dans la constitution de notre pays de sorte qu’ils doivent être pris en compte pour l’interprétation des autres dispositions constitutionnelles et de toutes les lois.

Le MLQ s’intéresse aussi au caractère démocratique de nos institutions. Il revendique l’abolition de la royauté et l’instauration d’une république laïque. L’omniprésence du symbole royal est une façon d’inculper sous un mode subliminal cette vieille idée que la souveraineté vient de Dieu et n’appartient pas au peuple. Une vraie démocratie est laïque et nécessairement de forme républicaine.

Parmi les moyens utilisés par le MLQ pour faire rayonner l’idéal de la laïcité, il y a la revue Cité laïque pour laquelle je voudrais rendre hommage particulier aux travailleurs bénévoles qui assurent sa publication régulière et la qualité de son contenu : Joseph Aussédat, Daniel Baril, Claude Braun, Aliette Besnainou, David Rand, Louis Dubé et autres.

Un autre de nos moyens de rayonnement, c’est la remise, chaque année du Prix Condorcet à une personnalité qui s’est particulièrement illustrée dans la défense des libertés de conscience et de croyance ainsi que dans la promotion de la laïcité. C’est une occasion annuelle de rendre hommage au marquis de Condorcet, le dernier grand philosophe du Siècle des Lumières, qui s’est illustré comme mathématicien de génie, scientifique versé tout autant dans les sciences exactes que dans les sciences humaines, théoricien de la démocratie républicaine et laïque, mais aussi comme militant, adversaire résolu du régime monarchique et de tous les totalitarismes, militant pour l’abolition de l’esclavage et de la peine de mort, militant de l’égalité entre les sexes, féministe donc, et promoteur de l’éducation gratuite et obligatoire.

Le Conseil national du MLQ a décidé, pour souligner de façon spéciale ses 25 ans d’existence et les luttes qu’il a menées, d’attribuer le Prix Condorcet 2006 à Daniel Baril, un de ses membres fondateurs, qui dès la première assemblée générale suivant la fondation du Mouvement laïque québécois en est devenu le président et qui en a été président à plusieurs reprises, à des moments clés.

Daniel Baril est anthropologue de formation universitaire et journaliste de métier à l’hebdomadaire Forum de l’Université de Montréal. Sa fonction d’anthropologue complétée par des études en sciences religieuses, l’étendue de ses connaissances dans les diverses branches des sciences humaines ainsi qu’en biologie, sa grande curiosité intellectuelle, la rigueur avec laquelle il aborde les questions qu’il se pose ou qu’on lui pose, tout cela concourt à en faire un scientifique et un intellectuel de grand renom et un des meilleurs spécialistes québécois des fondements biologiques du comportement religieux.

Outre sa thèse de maîtrise en anthropologie à l’Université de Montréal et portant sur la sélection sexuelle et les différences inter sexe dans la religiosité (2002), on lui doit de nombreux articles et conférences sur les sujets analogues dont nous donnons ici quelques exemples :

  • « Différence inter sexe et religion ; une interprétation évolutionniste », Dire, vol.12, no. 2 (2003)
  • « Nous sommes tous des animistes ; essai d’interprétation sociologique sur la persistance de la religion », Possibles, vol. 23, no. 3 (1999)
  • « La religion comme produit dérivé », Religiologiques, no. 30 (2004)
  • « La biologie du pardon », Liberté, no. 244 (1999)
  • « La démagogie est-elle génétique ? », Québec sceptique, no. 58 (2005)

Dans la même ligne, saluons son dernier ouvrage à ce jour : « La grande illusion » ou « Comment la sélection naturelle a créé l’idée de Dieu », publié aux Éditions multimondes à l’automne 2006. Dans cet ouvrage, Daniel Baril tente d’expliquer, à l’aide de concepts utilisés par la théorie de l’évolution, l’universalité de ce que nous appelons « religion » et qui s’observe à toutes les époques dans toutes les régions du monde. Une des conclusions d’ordre pratique qui se dégage de cet ouvrage c’est que, « si la religion est un épiphénomène de nos dispositions sociales et cognitives, il ne faut pas espérer la voir disparaître, que ce soit de sa belle mort ou de mort provoquée. » Dans cette perspective, le combat pour la laïcisation des institutions publiques est pleinement légitime et même nécessaire, non pour faire disparaître la religion (ce qui serait futile), mais bien parce que « la laïcité constitue un gage de démocratisation en assurant l’égalité des droits de tous. »

Tout en demeurant toujours rigoureux dans ses raisonnements et ses avancés, Daniel Baril est aussi un redoutable polémiste. Qui ne se souviendra de son ouvrage de 1995, publié chez VLB éditeur, qui s’intitulait : « Les mensonges de l’école catholique » ou « Les insolences d’un militant laïque ». Daniel Baril, le redoutable polémiste se fait valoir régulièrement dans les divers débats auxquels il participe.

Au-delà de son expertise scientifique, de sa rigueur intellectuelle et de ses talents de polémiste, Daniel Baril est connu, dans tous les milieux qu’il fréquente, d’abord et avant tout comme un militant laïque et c’est à ce titre surtout que nous voulons aujourd’hui l’honorer.

Nous pourrions ajouter que Daniel Baril a le sens de l’humour et le sens de l’amitié sincère. C’est un homme franc et généreux, qui ne connaît aucune mesquinerie. C’est pourquoi, ses nombreux amis sont heureux aujourd’hui de s’associer à l’hommage que nous lui rendons en lui remettant le Prix Condorcet 2006.

Henri Laberge,
Président du MLQ

Remise du Prix Condorcet 2006

Recherche

Plan du site