Allocution de Danielle Payette

C’est avec un très grand honneur et avec aussi beaucoup de modestie que j’accepte aujourd’hui le prix qui m’est décerné. Le prix Condorcet-Dessaulles. Que mon nom soit listé à côté des Henri Morgentaler, Daniel Baril, Pierre Bourgault, Louise Laurin, Jeannette Bertrand et autres illustres personnalités est un honneur incommensurable.
Ce prix, je le partage avec vous, chers membres du conseil national du mouvement laïque québécois. Chacun d’entre vous le mérite. Votre implication au sein du MLQ est significative et porteuse d’espoir pour l’avancement de la cause de la laïcisation du Québec.
Mon apport personnel est un grain de sable dans la lutte pour la séparation de l’église et de l’état, cependant je sais que parfois, ce sont des actions concrètes, menées par de simples citoyens qui ouvrent la voie à d’autres, qui donnent l’exemple à suivre.
Mon entêtement diront certains, ma détermination diront d’autres à faire cesser la récitation de la prière à l’Hôtel de ville de Laval a été appuyée par ma quête de justice, d’égalité, de liberté de conscience qui m’ont toujours habitée. Je crois et j’ai toujours cru que la religion était une affaire privée, un choix personnel, et que nous n’avions pas à exposer nos croyances dans un lieu public et encore moins dans un espace étatique.
Sans revenir en détail sur ce long combat je peux quand même souligner que des milliers de dollars ont été dépensés sur le dos des contribuables lavallois parce que la plainte déposée par le MLQ et la Commission des droits de la personne n’a pas été entendue dès le départ. Une obstination qui a duré 5 ans. Quelle perte de temps, d’énergie et d’argent.
Lorsque nos dirigeants en arriveront au constat que le Québec du 21ème siècle doit en être un de neutralité religieuse, tout en étant ouvert à la pluriethnicité et à toutes les religions qui en découlent, lorsque ce gouvernement évoluera vers un Québec moderne où les vieilles traditions parmi lesquelles la religion avait une grande emprise sur l’état n’ont plus leur place, nous arriverons peut-être à une société pacifique, égalitaire et laïque. Simplement et parfaitement laïque. Sans avoir recours à des procédures judiciaires. Il n’est pas normal d’entreprendre des poursuites en justice contre une autorité gouvernementale afin que règnent égalité et liberté de conscience entre les citoyens. Ce devrait être le rôle de nos dirigeants de s’assurer que tous soient traités également, indépendamment de leur choix de croyance religieuse.
Idéaliste? Je sais.
Déjà, en bas âge, je remettais en question les diktats religieux et très tôt on me considérait comme un mouton noir. Je critiquais, questionnais, confrontais les autorités avec mes pourquoi… Je voulais comprendre…Mes parents sont ici pour en témoigner… Plusieurs questions sont restées sans réponse et je continue encore à les poser… Avec le temps j’ai assumé mon côté un peu rebelle et j’en suis arrivée au constat qu’à choisir entre deux moutons, je préférais être le noir. Et lorsque j’ai assisté à une récitation de la prière à l’Hôtel de ville de Laval et que j’ai décidé de ne pas me lever comme tous le faisaient, j’ai su que j’avais devant moi un joli défi.
La fin de cette saga m’apporte fierté, certes, mais je répète que sans vous, maître Alarie, qui m’avez si bien défendu et sans Daniel Baril qui a livré une argumentation solide et étoffée en tant qu’expert anthropologue, nous n’en serions peut-être pas là.
Bref, une petite page dans le grand livre de la laïcisation du Québec est en train de se tourner. Il ne faut pas baisser les bras face aux autres chapitres qui ont à être traités. Nous nous devons d’être des vecteurs de changement si la séparation de l’église et de l’état est notre idéal.
Je terminerai en offrant un merci bien spécial au père de mes enfants qui m’a appuyé et encouragé tout au long de ce combat, et à mes amis et parents qui m’ont écouté si sagement. À mes filles ici présentes, Lili-Maude et Pénélope qui me trouvent parfois un peu « critiqueuse » je vous dis aussi merci. Merci de m’aimer telle que je suis, revendicatrice et fonceuse. J’espère vous léguer mon désir d’égalité et de liberté de conscience.
Merci de m’offrir cette tribune et ce prix. Je l’apprécie sincèrement.
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- Historique du Prix Condorcet-Dessaulles
- 2008 : Danielle Payette
- 2007 : Yolande Geadah
- 2006 : Daniel Baril
- 2005 : Paul Bégin
- 2004 : Rodrigue Tremblay
- 2003 : Janette Bertrand
- 2002 : Mouvement laïque de langue française
- 2001 : Pierre Bourgault
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- 1999 : Orphelins et orphelines de Duplessis
- 1998 : Les signataires du Refus global
- 1997 : Institut Canadien de Montréal
- 1996 : Louise Laurin
- 1995 : CEQ
- 1994 : Henry Morgentaler
- 1993 : Micheline Trudel
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