(Montréal, 24 avril 2008) En conférence de presse ce matin, le Mouvement laïque québécois a présenté la position suivante à propos du cours Éthique et culture religieuse et du « cheminement spirituel ».

Marie-Michelle Poisson, Henri Laberge et Daniel Baril
(Photographies : Claude Braun)
Le Mouvement Laïque Québécois (MLQ) est insatisfait du nouveau programme d’Éthique et Culture Religieuse qui sera implanté au primaire et au secondaire en septembre 2008.
Le MLQ considère que l’enseignement culturel des religions ne peut en aucun cas se faire dans le même programme que l’enseignement de l’Éthique. L’Éthique est une discipline qui correspond aux finalités du nouveau programme à savoir; la reconnaissance de l’autre et la poursuite du bien commun. Elle n’a pas besoin de références aux religions pour atteindre ses objectifs. Par conséquent le principal vice de ce programme consiste dans l'amalgame entre éthique et religion, laissant ainsi entendre que le comportement éthique ne peut être développé que lié à une croyance religieuse et qu'une personne sans religion serait forcément amorale ou immorale.
Cependant le MLQ s’oppose à tout régime d’exemption qui ferait subir aux enfants des situations difficiles et réaffirme l’importance de mettre au point un programme commun qui puisse satisfaire ainsi aux exigences du « vivre-ensemble ». Le retour du régime d’exemption serait un recul de 30 ans.
Pour éviter une crise juridique et surtout pour qu’advienne enfin un système d’enseignement véritablement laïque au Québec, le MLQ demande à la Ministre de l’éducation du Québec, Mme Michèle Courchesne, de retirer le volet de formation en Culture Religieuse, seul volet litigieux du nouveau programme.
Le MLQ estime qu’un cours d’Éthique et de Pratique du dialogue auquel s’ajouteraient des contenus de Philosophie pour enfant pourrait rallier positivement l’ensemble de la population québécoise.[1]
Le MLQ reconnaît la pertinence d’un enseignement culturel sur les religions dans la mesure où cet enseignement permettrait aux élèves d'acquérir des connaissances objectives et critiques sur les religions et sur les courants agnostiques et athées. Cet enseignement pourrait se faire dans le cadre de disciplines déjà existantes comme l’histoire, la géographie, la littérature ou les arts. L’enseignement culturel sur les religions pourrait aussi faire l’objet d’un cours optionnel offert au deuxième cycle de secondaire lorsque les jeunes sont assez matures et ont acquis un minimum d’esprit critique à l’égard des contenus qui leur sont présentés.
Mais les cours de culture religieuse qu'on nous propose dans le nouveau programme ressemblent plus à une entreprise de glorification des religions sous une forme multiconfessionnelle qu’à de l'enseignement objectif et critique. Il s'agit bien d'un enseignement religieux qui n'a rien de laïque et qui n'a pas sa place à l'école publique.

Daniel Baril, avec Henri Laberge à gauche
Le MLQ ne pense pas qu’une école québécoise véritablement laïque ait pour mission légitime de veiller à faciliter le « cheminement spirituel » de l’élève comme le stipule l’article 36 de la Loi sur l’instruction publique. En conséquence le MLQ demande de supprimer de cet article le passage qui fait obligation à l’école de « faciliter le cheminement spirituel de l’élève afin de favoriser son épanouissement ».
De plus, le MLQ demande que soit aboli le Service d’animation à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire (SAVSEC) aux niveaux primaires et secondaires et que les fonds supplémentaires qui avaient été prévus pour la mise en place de ce service soient plutôt utilisés pour des services spécialisés de soutien à la réussite scolaire. (orthophonistes, psychologues, travailleurs sociaux, etc.)
Le MLQ rejette le modèle québécois dit de « laïcité ouverte » proposé par le Secrétariat aux affaires religieuse (SAR) et le Comité sur les affaires religieuses (CAR) dont le Ministère de l’Éducation fait désormais la promotion.
Ce modèle fait en sorte que des contenus d’enseignement religieux avec une prépondérance marquée du christianisme seront pour une bonne part maintenus et que le cheminement « spirituel » de l’élève sera pris en charge par l’État.

Marie-Michelle Poission et Henri Laberge
Le MLQ considère que ce modèle représente un recul dans le processus de laïcisation du système scolaire québécois puisque les enfants qui pouvaient se prévaloir, en vertu de l’ancien régime d’option, d’un enseignement moral exempt de tout contenu religieux seront désormais obligatoirement exposés à des contenus d’enseignement religieux. De plus, l’ensemble des contribuables devra assumer la totalité des coûts du nouveau service d’animation à la « vie spirituelle » alors que, par le passé, une part importante des coûts liés au « cheminement spirituel » des élèves était assumée par les Églises.
Le MLQ considère que le ministère de l’éducation a été mal conseillé par le Secrétariat aux affaires religieuses et le Comité sur les affaires religieuses, organismes gouvernementaux issus des anciens comités confessionnels, catholique et protestant du Conseil supérieur de l’éducation.
Par conséquent, et pour mettre fin définitivement à d’anciens privilèges religieux, le MLQ demande l’abolition réelle et effective du Secrétariat aux affaires religieuses et du Comité sur les affaires religieuses.
[1] Il est à noter que l’expertise en enseignement de la philosophie pour enfant est bien implantée au Québec depuis plus de 25 ans tant au niveau de la formation des enseignantes qui sont nombreuses à avoir acquis un complément de formation en ce domaine qu’au niveau du matériel pédagogique déjà publié et éprouvé. La philosophie pour enfant s’inscrit dans un courant mondial en effervescence et continuer d’ignorer les avancées québécoises prometteuses en ce domaine, comme le fait actuellement le MELS, tiendrait du scandale.
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