Dans le cadre de la réforme de l'éducation, le gouvernement du Québec est à transformer les anciens services complémentaires d'animation pastorale en « animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire ». Dans cette optique, le Secrétariat aux affaires religieuses du ministère de l'Éducation a publié, en mars 2001, un document de travail visant à encadrer l'organisation de ces nouveaux services complémentaires. Ce document de travail contient des éléments controversés et le MLQ a mandaté un comité de travail spécial afin de se pencher sur les questions qu'il suscite.
Ainsi, dans son projet de cadre ministériel, le gouvernement préconise la neutralité idéologique dans la prestation de ces nouveaux services et, d'un même souffle, recommande aux commissions scolaires d'accorder à cet effet la priorité d'embauche aux anciennes animatrices de pastorale qui sont, dans bien des cas, encore rattachées aux paroisses avoisinantes des écoles où elles sont assignées. Nombre d'entre elles figurent d'ailleurs fièrement au feuillet paroissial, tout comme au bon vieux temps. Il y a là un paradoxe devant lequel le MLQ ne peut rester ni indifférent, ni silencieux.
En ce qui concerne l'école secondaire, le gouvernement semble obéir aux exigences du maintien en emploi des professionnelles concernées. Au niveau primaire toutefois, une telle nécessité reste à démontrer et la priorité d'embauche accordée aux anciennes animatrices de pastorale risque au contraire d'appliquer une discrimination positive envers les représentantes de la religion catholique.
Des projets-pilotes sont présentement en cours dans les écoles de diverses régions du Québec afin de tester la réforme. Le contexte d'organisation décrit par le ministère pour ces projets-pilotes stipule la nécessité d'obtenir « l'assentiment de la commission scolaire, de l'école et des fabriques ». Si le service que le ministère désire instaurer est vraiment si neutre qu'il le prétend dans son cadre ministériel et surtout dans sa brochure destinée au grand public, pourquoi le Secrétariat aux affaires religieuses sollicite-t-il l'assentiment des fabriques et non celle des Sikhs, des islamistes ou de l'association des sceptiques ?
Le contexte d'organisation des projets-pilotes autorise également la « prestation d'activités d'animation pastorale ou religieuse, selon des modalités déterminées par les personnes qui participeront à l'expérimentation ». Il y a par ailleurs lieu de se demander pourquoi le ministère tient tant à autoriser dans son cadre ministériel la participation des élèves à une cérémonie religieuse. Et pourquoi pas des baptêmes, pendant qu'on y est ?
Ce qu'il importe de bien saisir ici, c'est que les parents qui veulent que leurs enfants reçoivent des contenus religieux l'obtiennent déjà par leur inscription à l'enseignement religieux. Les parents qui refusent que leurs enfants soient exposés à des contenus religieux véhiculés par l'école inscrivent leurs enfants à l'enseignement moral. Mais le service d'animation spirituelle et d'engagement communautaire est imposé à tous les élèves sans distinction et sans que les parents se voient offrir le choix d'en dispenser leur enfant.
Avant la réforme, tant que ces services complémentaires se nommaient clairement et honnêtement « services d'animation pastorale », les parents pouvaient toujours exiger une dispense en invoquant la Charte des droits et la liberté de conscience. Que feront ces parents lorsque la réforme fera diffuser son nouveau service d'animation à la vie spirituelle et à l'engagement communautaire par les anciennes animatrices de pastorales munies de l'étiquette de neutralité pour laquelle le MEQ leur fournit l'imprimatur d'une virginité idéologique renouvelée ? Comment ces parents pourront-ils exiger une dispense contre les euphémismes et le novlangue gouvernemental ? Comment invoquer la liberté de conscience contre la neutralité ? Comment se battre contre des moulins à vent ?
On conçoit que la demande de dispense ne constitue pas la formule idéale et qu'il vaut mieux en appeler à l'éradication nette des bondieuseries dans les classes de la Belle Province. Mais en attendant ce jour meilleur qui n'est de toute évidence pas encore venu, les enfants continuent d'aller à l'école tous les jours que le bon Dieu fait, et il demeure essentiel de protéger ce recours fondamental que représente pour les parents la possibilité d'une dispense. Sinon, on les laisse avec l'absentéisme comme seule alternative pour protéger le cerveau de leurs enfants. Car c'est au niveau primaire que l'esprit de l'élève est le plus vulnérable. Comment l'enfant de première ou deuxième année est-il en mesure de juger de la neutralité du contenu institutionnalisé qu'on lui transmet dans le milieu clos de la classe ?
À la fin du mois de février, le Secrétariat aux affaires religieuses effectuera l'évaluation finale de ses projets-pilotes « avec les animatrices, les animateurs, les directions d'écoles et, si nécessaire, d'autres personnes intéressées ». De cette évaluation découlera un rapport d'expérimentation qui sera émis dès le début du mois de mars 2002.
Le MLQ entend se positionner comme interlocuteur important auprès du gouvernement du Québec dans cette transition qui touche les contenus et les pratiques auxquels seront soumis les élèves pour les années qui viennent. Il faut faire vite car les délais sont serrés.
Nous demandons donc à tous les membres du MLQ de s'afficher et de se faire connaître auprès des parents d'élèves actuellement inscrits à l'école secondaire et surtout primaire afin que ces parents sachent qu'ils peuvent s'adresser au MLQ pour toute question qui les préoccupe. Leurs commentaires, leurs critiques et leurs questionnements constituent des renseignements précieux que notre comité pourra intégrer à sa réflexion et à ses actions.
De la même façon, toute personne qui travaille dans les milieux éducatifs ou syndicaux et qui désire mettre à profit ses connaissances, ses outils ou les filons qu'elle possède est priée de communiquer rapidement avec les membres du comité.
Enfin, le comité spécial du MLQ se penchera également sous peu sur la façon dont l'enseignement moral est donné comparativement à l'enseignement religieux. Tous les commentaires et les expériences dont vous voudrez nous faire part seront les bienvenus.
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