Enfin un pas en avant !

Par Daniel Baril

L'année 1997 aura marqué une étape importante dans le domaine scolaire avec l'abrogation, pour le Québec, de l'obstacle que constituait l'article 93 du British North America Act de 1867. Ceux qui ont été sur le front de la laïcité au cours des dernières années comprennent toute l'ampleur de ce gain que l'on croyait encore hautement improbable, voir impossible, il y a à peine deux ans.

L'abrogation de cet article constituait même l'un des principaux objectifs du Mouvement laïque québécois qui était le seul, en 1980, à réclamer un tel amendement. Il aura fallu 18 ans de travail discret et persévérant, deux jugements de la Cour supérieure, deux autres de la Cour suprême, quatre projets de réforme avortés, deux ans d'États généraux, une demi-douzaine de commissions parlementaires, au moins sept ministres de l'Éducation (du plus pieux jusqu'au plus bêta) pour finalement obtenir, malgré la main de Dieu, la levée de cet embargo sur la liberté de conscience.

S'il faut accorder aux acteurs actuels du gouvernement du Québec les mérites qui leur reviennent dans cette démarche, quoique très tardive, le dernier épisode de ce débat sans fin nous a une fois de plus montré que le républicanisme n'est pas à la portée de tous les cerveaux: il est notamment inaccessible à Clifford Lincoln. Le député fédéral est en en effet le seul député du Québec à avoir voté contre la demande d'amendement à l'article 93. Son motif: préserver les droits acquis des minorités. L'article 93 ne protégeait pourtant les droits d'aucune minorité; il protégeait les privilèges discriminatoires de l'écrasante majorité catholique.

Malgré la mort de l'article 93, tout le débat sur la laïcisation de l'école reste à faire. Les regard se tournent maintenant vers le comité Jean-Pierre Proulx, mis sur pied par la ministre Marois afin d'examiner la place de la religion à l'école. Ce comité pourra permettre au Parti québécois de traverser la prochaine élection sans avoir à se prononcer sur cette question embarrassante pour lui, si l'élection avait lieu ce printemps. Mais si l'élection était remise à l'automne prochain ou même en 1999, un rapport de la trempe de celui des États généraux serait une patate chaude, aucun parti ne voulant s'engager envers la laïcité juste avant une élection .

Et si rien n'est réglé avant juin 1999, on se retrouvera avec le report de la clause nonobstant dans les lois de l'éducation pour un autre cinq ans. Il faudra donc éviter de dormir sur la victoire chèrement obtenue et redoubler d'ardeur pour livrer la vraie bataille de l'école laïque.

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