On assiste depuis quelque temps à des tentatives répétées de pénétration de l'école publique par des prophètes du nouvel âge.
Pierre Foglia rapportait qu'en février, dans un colloque de professeurs de la commission scolaire des Manoirs, se tenaient, outre les ateliers habituels consacrés à la préparation aux examens, à l'incidence de la violence familiale sur le comportement des élèves, l'utilisation du cédérom en classe, etc., des ateliers d'un autre genre.
On trouvait un atelier sur le Jin-Shin-Do, « la conscience qui mène au changement, qui favorise un état de relaxation profond dans lequel le participant peut laisser son mental s'apaiser pour contacter son senti-corporel », un autre sur « les céréales entières, trame énergétique des processus créatifs », un troisième sur le focusing, « qui permet aux élèves de se réapproprier leurs couleurs person-nelles! » (La Presse, p. 5, 5 mars 1998).
Plus récemment, ce sont les démêlés de l'école Rudolph-Steiner à Chambly avec des parents et le ministère de l'Éducation qui ont défrayé la chronique (La Presse, 19 et 20 mai 1998). Cette école est vouée à la pédagogie de Rudolf Steiner, qui était un spiritualiste autrichien, père de l'anthroposophie, mouvement mystique né au tournant du siècle, imprégné de croyances en la réincarnation, l'énergie cosmique et ses sources intérieures. Le nouvel âge vise à remplir le vide laissé par la religion officielle, en perte de vitesse.
Selon la nouvelle Loi sur l'instruction publique, la ministre Pauline Marois doit donner le feu vert aux écoles à vocation particulières. Elle n'a pas approuvé l'école Rudolph-Steiner de Chambly, du moins dans sa forme actuelle, principalement parce que les objectifs fondamentaux poursuivis par le ministère ne sont pas atteints par les élèves qui fréquentent cet établissement.
Comme l'écrivait Agnès Gruda, (La Presse, p. 2, 1er juin 1998) Les diplômes des enseignants de Rudolph-Steiner ne garantissent pas la conformité pédagogique de l'école. D'autant plus que, pour au moins deux d'entre eux, l'allégeance première va à la Société d'anthroposophie dont ils sont membres. Et qui enseigne, entre autres, que l'apprentissage de l'écriture et de la lecture ne doit pas commencer avant l'âge de sept ans, parce que c'est à ce moment que s'incarne « le corps éthérique » de l'enfant...
Il y a une facture à payer pour ces croyances et ce sont hélas! trop souvent les enfants qui passent à la caisse. Ainsi un élève qui doit changer d'école après avoir fait sa première année à Rudolph-Steiner a toutes les chances de redoubler : il ne sait ni lire, ni écrire.
Si les parents veulent sciemment prendre ce risque, il y a des écoles privées pour ça. L'État n'a pas à approuver et à payer pour ce genre de « différence ».
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