Victoire du MÉMO !

Par Daniel Baril

Éclatante victoire du Mouvement pour une école moderne et ouverte aux élections scolaires de juin dernier. Avec 15 commissaires sur 21, le MÉMO détrône enfin le Regroupement scolaire confessionnel au pouvoir depuis 25 ans à la CECM, devenue maintenant la Commission scolaire de Montréal (CSDM). La victoire est d'autant plus réjouissante que le taux catastrophique de participation attendue laissait présager le pire.

Mais que représente cette victoire pour les militants laïques? Nous avons, dans les rangs du Mouvement laïque québécois, souvent critiqué la position frileuse du MÉMO à l'égard de la confessionnalité, surtout dans les premières années de l'organisme. Mais le MÉMO n'est pas un bloc monolithique; si certains de ses membres influents préfèrent pousser la question confessionnelle sous le tapis, d'autres n'hésitent pas, comme on a pu le constater lors de leur dernière assemblée générale, à mettre la question à l'avant-plan et il est manifeste que l'ensemble du Mouvement est « sympathique » à la laïcité.

Tellement sympathique que les médias ont constamment identifié, à tort ou à raison, les candidats du MÉMO comme « laïques » pour les démarquer des « catholiques » de Michel Pallascio. Le MÉMO est d'ailleurs membre de la Coalition pour la déconfessionnalisation des structures scolaires (nom qu'il faudra bien revoir incessamment) et qui revendique une véritable école laïque. Il appartient aux laïques convaincus de renforcer ce courant à l'intérieur du MÉMO.

La dernière élection a d'autre part permis de constater une certaine évolution du MÉMO face la confessionnalité. La position affichée par la plateforme électorale était la suivante: « une école publique, commune, sans statut confessionnel, qui donne à tous une éducation civique, une éducation aux valeurs (sens des responsabilités, coopération, égalité, honnêteté, etc.) ainsi qu'une connaissance des grandes religions ».

Ça peut paraître timide, mais c'est mieux que l'ancien programme qui prônait l'école multiconfessionnelle, avec autant de cours de religion que le client en demande. Cette position a d'ailleurs été qualifiée de « tour de Babel confessionnelle » par la présidente du MÉMO elle-même, Diane de Courcy, qui a refusé d'y souscrire.

Mais la plus belle raison de se réjouir de la victoire du MÉMO est que désormais la plus importante commission scolaire du Québec ne bloquera plus les réformes touchant la confessionnalité comme l'a fait le RSC pendant 25 ans. Nous aurons désormais un intervenant politique majeur qui fera pression pour faire avancer les choses plutôt que de mettre les bâtons dans les roues, un intervenant qui fera valoir le pluralisme et la liberté de conscience plutôt que l'intégrisme et l'apartheid confessionnel. Du moins, c'est ce à quoi on est en droit de s'attendre.

L'arrivée au pouvoir de cette équipe survient à un moment crucial où non seulement nous passons à des commissions scolaires linguistiques, mais où s'annonce un débat sur la place de la religion à l'école. Le rapport de force n'est maintenant plus le même et la ministre Marois devra en prendre acte dans l'élaboration de la réforme à venir.

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