Le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) produit annuellement son rapport sur l'état et les besoins de l'éducation. Le CSE consacrait son dernier rapport annuel au thème Éduquer à la citoyenneté. Cette nécessaire éducation à la citoyenneté a été revendiqué par l'ancienne Coalition pour la défense de l'école publique qui sonnait déjà l'alarme en 1995 devant les États généraux sur l'éducation en réclamant une école commune apte à rassembler au lieu de diviser. Et cette pensée est toujours présente dans la position de l'actuelle Coalition pour la déconfessionnalisation scolaire.
Compte tenu du fait que certaines voix s'étaient faites entendre sur ce sujet depuis déjà quelques années, on peut dire que cela fait 10 ans que certains attendent de voir cette école commune. Dire que le Rapport Parent publié dans les années 60 recommandait déjà l'implantation de l'école laïque! Compte tenu de la lenteur des gouvernements à agir dans le sens des éléments progressistes de la société, on peut déjà prévoir qu'au moins 35 ans se seront écoulés avant que l'école laïque ne devienne la règle au Québec.
Si l'actuel CSE sonne l'alarme à son tour en réclamant une éducation à la ci-toyenneté, il se garde bien de réclamer en même temps l'abolition de l'enseignement religieux et de la pastorale dans les écoles.
L'augmentation du nombre de confessions religieuses qui exercent un attrait sur l'ensemble des citoyens et l'accueil de nouveaux citoyens aux origines culturelles disparates rend de plus en plus problématique l'intégration des enfants à une société québécoise pluraliste.
Nous ne pouvons donc faire autrement que nous réjouir à la lecture du récent éditorial « Pour une école vraiment laïque » signé par Agnès Gruda (La Presse, le 5 mars 1999). Dans son éditorial, Gruda rappelle les pressions provenant de plusieurs religions qui souhaitent avoir leurs écoles comme les catholiques et les protestants, « avec toute la ségrégation que cela implique »; un peu plus loin, elle signale le désintérêt croissant pour l'enseignement religieux. Elle rappelle que la Commission des États généraux de l'éducation avait signalé en 1996 que « la transmission d'un culte religieux dans une société aussi pluraliste que la nôtre n'appartient au rôle de l'école ». Elle signale ensuite que l'existence du temps réservé pour l'enseignement religieux au sein de la grille horaire entraîne la présence d'un cours « fourre-tout », la morale, pour conclure avec raison « L'évacuation de l'enseignement religieux permettrait aussi de se débarasser des cours de morale ».
Pendant ce temps, le président du Comité catholique, Guy Côté, reconnaît dans un article paru dans Panorama (bulletin du CSE de février 1999) que « Cela ne dispense pas l'école publique de jouer son rôle propre, qui n'est pas de promouvoir une croyance religieuse comme telle mais d'assurer une transition entre les appartenances premières et l'intégration à la société civile ».
Quoique le président du Comité catholique est capable de reconnaître que ce n'est pas le rôle de l'école de faire de la propagande religieuse il reste à voir si les législateurs de l'Assemblée nationale seront capables d'en faire autant en légiférant de façon appropriée.
Bientôt nous verrons si ces législateurs d'aujourd'hui, qui étaient encore pour la plupart sur les bancs d'écoles lors de la parution du Rapport Parent, sont capables d'autant de vision que les auteurs du rapport Parent ou s'ils se plieront à toutes sortes de contorsions mentales et législatives pour plaire aux éléments conservateurs de la société québécoise et perpétuer un système ignoblement discriminatoire qui permet aux catholiques et aux protestants de piger odieusement et en toute légalité dans les caisses de l'État pour faire leur propagande religieuse.
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