Confessionnalité scolaire: Robert Cadotte à la rescousse de la droite catholique

Par Daniel Baril, porte-parole du MLQ

Après avoir notamment reproché au MÉMO sa tiédeur à l'égard du problème confessionnel, les cinq commissaires indépendants de la Commission des écoles de Montréal regroupés autour de Robert Cadotte n'ont rien trouvé de mieux comme solution que de multiplier le problème confessionnel par autant de religions qu'il en existe à Montréal.

Dans un texte publié récemment par Le Devoir (29 septembre), les cinq commissaires proposent en effet de transformer l'école confessionnelle actuelle en école multiconfessionnelle. Dans cette école, les croyants de toute allégeance pourraient recevoir un enseignement religieux confessionnel conforme à leur croyance et financé par les fonds publics.

L'ouverture des écoles à toutes les croyances mettrait fin, selon eux, à l'inégalité de l'actuel système qui n'offre l'enseignement religieux confessionnel qu'aux catholiques et aux protestants. Les commissaires indépendants croient également qu'un tel aménagement permettrait d'éviter le morcellement du système scolaire en autant d'écoles confessionnelles qu'il n'y a de religions.

Une telle naïveté a de quoi surprendre. Il est bien évident qu'aucune école ne pourrait répondre à l'ensemble de la demande d'un libre marché en matière d'enseignement religieux et il en résulterait des regroupements d'élèves dans des écoles offrant l'enseignement religieux de leur choix, c'est à dire des ghettos confessionnels que ces commissaires pensent éviter.

Quant à l'élimination de la discrimination, qu'il suffise de dire que leur proposition prévoit qu'un enseignement religieux confessionnel spécifique à un groupe ne serait offert que « là où le nombre le justifie », c'est-à-dire s'il y a au moins 20 demandes.

L'école publique continuerait donc d'offrir une inégalité de service en matière d'enseignement religieux; la Charte des droits et libertés ne prévoyant pas de nombre minimal de personnes pour que l'égalité des droits fondamentaux soit respectée, il faudrait donc maintenir la clause dérogatoire dont plus personne ne veut, si ce n'est l'Assemblée des évêques.

Les proposeurs croient également que ce nombre minimal permettrait d'éviter que l'école ne tombe aux mains des sectes. Il serait pourtant bien facile à l'Église de scientologie, au mouvement raélien, au Parti de la loi naturelle ou à n'importe quel groupe créationniste ou nouvelâgiste de regrouper 20 de leurs membres dans une même école et bénéficier ainsi des fonds publics pour diffuser leur doctrine auprès des enfants.

Une alliance, un même combat

La voie proposée par les commissaires indépendants constitue en fait le pire scénario que l'on puise imaginer. Si elle a déjà fait partie du programme du MÉMO, elle a été abandonnée lors de la dernière élection scolaire au profit d'une position plus laïque. Au-delà de la naïveté dont font preuve les indépendants, il saute aux yeux que leur position n'est actuellement défendue que par la droite catholique avec qui ils ont fait alliance. C'est Michel Pallascio qui doit être mort de rire.

Selon l'enquête effectuée par le Groupe de travail sur la place de la religion à l'école (rapport Proulx), l'école multiconfessionnelle ou « communautarienne » n'est en effet défendue que par une très faible minorité de parents. Chez les minorités religieuses, envers qui on croit se montrer ouvert par une telle proposition, seulement 12% des parents s'y montrent favorables alors que près de 81% souhaiteraient plutôt une école laïque.

« Paradoxalement, lit-on dans le rapport Proulx, ce sont les parents catholiques qui se sont montrés les plus favorables » à l'école multiconfessionnelle. Le paradoxe s'estompe lorsque l'on considère que les catholiques sont partout majoritaires : ils sont ainsi assurés, dans un système multiconfessionnel, d'avoir partout des services, donc de maintenir leurs privilèges actuels. Les minorités religieuses ne mordent pas à l'hameçon; ou bien elles savent qu'elles n'auront pas les services qu'on leur fait miroiter, ou bien elles refusent de se retrouver dans une école coupée de l'environnement québécois.

L'école multiconfessionnelle est le dernier retranchement des confessionnalistes et cette fausse solution ne ferait que perpétuer le problème confessionnel. Cette avenue cul-de-sac n'est qu'une voie d'évitement qui nous ramène à un statu quo empiré.

Après avoir torpillé leur parti, trahi leurs électeurs, vendu leurs âmes pour un plat de lentilles, s'être fait les porte-voix de positions confessionnalistes au verni démocratique, il ne reste aux cinq commissaires indépendants qu'à consommer l'alliance et à adhérer au parti qui les a pris sous sa gouverne, le Regroupement scolaire confessionnel.

(Texte paru dans Le Devoir du 13 octobre 1999).

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