Le MLQ prône l'abolition du financement gouvernemental de l'école privée au Québec

Claude Braun

Ce texte a paru dans le numéro 4 de Cité laïque, revue humaniste du Mouvement laïque québécois

Le 10 mars 2005, une très large coalition s'est formée dans le monde de l'éducation, et autour de lui, pour réclamer l'abolition du financement public à 60 % de l'école privée au Québec. Et cette coalition, le « Regroupement pour la défense et la promotion de l'école publique », a publié une déclaration de principes. Le moment fut historique. Mais les médias n'y ont pratiquement porté aucune attention. Résumons les faits et présentons la position du Mouvement laïque québécois sur la question.

Jamais un regroupement aussi large ne s'est entendu sur une question aussi importante au Québec en matière d'éducation. Le Regroupement pour la défense et la promotion de l'école publique inclut une douzaine d'associations dans le domaine de l'éducation : syndiqués, cadres et parents. Bref, il n'y manque aucun groupe important.

Que souhaite le regroupement exactement ? Il souhaite le déplacement des fonds publics présentement alloués aux écoles privées du Québec (60 % de leurs coûts d'opération) vers le système scolaire public, qui se meurt présentement de sous financement.

Le Regroupement pour la défense et la promotion de l'école publique limite son analyse aux éléments suivants : 1) l'école publique se meurt de sous financement au Québec, 2) l'école privée est financée à 60 % au Québec, 3) ceci crée une iniquité, une injustice, l'éducation de bonne qualité n'étant pas universellement et également accessible à chacun, 4) si le gouvernement abolissait le financement public de l'école privée, environ la moitié des élèves du système privé (50,000 élèves) passeraient au système public -- ce qui amènerait au système public 75 millions de dollars de plus par année.

On sait que très peu d'États dans le monde ne subventionnent l'école privée autant que le fait le Québec. Mais ce qui est encore plus extraordinaire de notre situation uniquement québécoise, c'est qu'aucun État, au monde, ne subventionne si allègrement un système scolaire privé qui renforce : 1) les classes sociales minoritaires et aisées, 2) les groupes ethnolinguistiques dont le choix de langue menace la langue de la nation au pouvoir, 3) les religions étrangères aux croyances de la nation au pouvoir.

Le regroupement pour la défense et la promotion de l'école publique n'évoque, pour le moment, qu'un seul principe fondamental motivant sa démarche, celui de l'égalité des chances. Soit. Toutefois, le Conseil National du MLQ, dans sa résolution récente en faveur de l'abolition du financement public de l'école privée évoque un autre principe, tout aussi fondamental : celui de la séparation des Églises et de l'État. En effet, il faudrait être vraiment naïf pour croire que l'école privée n'est que le lieu des privilégiés socio-économiques. C'est aussi le lieu, de plus en plus, de pépinières ethno-religieuses et de groupes poursuivant un agenda ethnolinguistique bien différent de ce que souhaite la majorité des Québécois. Ce que souhaite la majorité des Québécois, quant au système scolaire, est une école publique, universellement et égalitairement accessible, et laïque.


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