Sur le port de symboles religieux

Claude M. J. Braun

Ce texte a paru dans le numéro 1 de Cité laïque, revue humaniste du Mouvement laïque québécois

Périodiquement, au Canada et au Québec, le port de symboles religieux dans les institutions d'État fait les manchettes. Le Canada a accepté, il y a quelques années le port du turban sikh dans les institutions fédérales telles les forces armées et la gendarmerie royale.

L'an passé, une école montréalaise a pris position contre le port du kirpan par un garçon sikh. Récemment, un juge a émis un jugement limitant le port du kirpan au Québec. Dans la foulée de la récente loi française interdisant le port de symboles religieux laquo; ostentatoires » à l'école publique, la question est encore et toujours d'actualité.

kirpan

L'État québécois doit assurer, partout et même au sein de ses propres institutions, non seulement la liberté de conscience, mais l'expression de celle-ci, vestimentaire, verbale, politique, même si elle est ostentatoire. Ces libertés ne peuvent et ne doivent pas inclure le port du kirpan s'il est une arme blanche, du turban s'il empêche un policier de se camoufler ou se protéger sur le champ d'action, ni du foulard islamique s'il empêche l'élève de suivre le cursus d'éducation physique. Mais ces libertés ne peuvent et ne doivent pas non plus inclure celui de promouvoir une propagande haineuse (la cagoule Ku Klux Klan en serait un exemple). D'autres ornements peuvent et doivent être restreints s'ils entravent la paix (sifflets dont on abuserait, etc.). Il y a autant de façons qu'un vêtement ou ornement puisse être condamnable qu'il y a de personnes, et tout ça doit être encadré par la loi. En aucun cas, toutefois, ne vois-je en quoi la teneur « religieuse » d'un symbole, en soi, doive poser problème. Les lieux publics doivent cependant demeurer laïques et dépourvus de symboles religieux.. Le personnel des institutions publiques doit aussi se conformer à cette neutralité religieuse, conforme au caractère non confessionnel de l'État et garante de l'égalité de traitement des minorités religieuses et de la majorité laïque. Par contre, toute personne qui séjourne dans un lieu public, tel un hôpital, devrait pouvoir y apporter elle-même un signe religieux distinctif. L'État devrait n'en offrir aucun, le patient pouvant aisément apporter son propre symbole. Autant je prône la liberté d'expression, autant je prône le droit de ne pas me faire imposer le symbolisme religieux dans les institutions d'État. Pour ce faire, la déconfessionnalisation des lieux publics doit être poursuivie.

crucifix

En milieu scolaire, je ne m'oppose donc pas, par exemple, au port volontaire du voile, de la kippa, de la calotte, de la coiffe, de la croix ou du turban, à moins qu'il n'empêche l'enfant de participer pleinement aux activités de formation du programme scolaire. Le cas échéant, ces signes religieux pourraient être enlevés et rangés au vestiaire durant certaines activités, telle la natation. Par contre, je m'oppose au port du kirpan à l'école, mais seulement dans la mesure où il pourrait porter atteinte à la sécurité des élèves. Un kirpan en plastique mou ne me dérangera aucunement. Par contre, j'approuve l'interdiction de toute arme blanche (ou autre) à l'école : il en va de la sécurité des élèves et du personnel et des parents.

Le port du foulard islamique ...... L'accepter comme symbole religieux ne signifie nullement une caution des inégalités et injustices perpétrées par son entremise ici ou ailleurs.

Il incombe à l'administration scolaire et au comité des parents de réglementer le port de vêtements ou signes distinctifs au-delà des grandes lignes qui concernent tout citoyen (dignité humaine, paix sociale, sécurité, etc.). Si une école opte pour un code vestimentaire pour les élèves, je n'y vois pas d'inconvénient. Même un code minimal (discret) pour le personnel de l'école me semble justifiable.

Le cas du vêtement islamiste est particulier. Il est inquiétant de penser que la pression familiale peut contrer la volonté de la jeune fille de s'épanouir en piscine ou en gymnase. Et on sait à quel point le sexisme islamique peut être violent (assassinat sommaire, etc.). Si la jeune fille veut tenir tête à sa famille et enlever son voile pour pratiquer du sport, grand bien lui fasse. Si sa famille sévit violemment contre un tel geste ou avec menaces, qu'on appelle la Direction de la Protection de la Jeunesse. La visite d'un travailleur social et ensuite de la police pourraient calmer les ardeurs religieuses sexistes lourdes d'un parent autoritaire.

Le port du foulard islamique nécessite une mise en garde particulière. Dans plusieurs pays musulmans, il est plus qu'un symbole religieux : il concrétise l'inégalité entre les hommes et les femmes. Il est instrument de soumission des femmes aux hommes et de graves injustices commises envers elles au niveau de leur éducation et de leur rôle dans la société. Il doit, dans les écoles du Québec, ne demeurer qu'un symbole religieux, porté volontairement, et pouvant être enlevé s'il constitue une entrave aux activités scolaires. L'accepter comme symbole religieux ne signifie nullement une caution des inégalités et injustices perpétrées par son entremise ici ou ailleurs.

foulard

Il nous est odieux de penser que l'État puisse interdire sélectivement les « symboles religieux » à l'école, alors qu'aucune victime n'est en vue. De toute façon, ce qui préoccupe davantage les jeunes et leurs parents, et les déchire, au Québec, ce sont les vêtements ici débraillés, là indécents, ou pire, beaucoup trop chers à cause de modes idiotes. Là encore, le MLQ prône la tolérance et la démocratie. Qu'un vote soit organisé auprès des parents, enseignants et élèves par la commission scolaire ou l'école, sur le judicieux d'un code vestimentaire. Ce n'est pas à l'État d'y voir. Tout parent ou étudiant à l'âge de raison pourra s'y soustraire, en choisissant une autre école, comme une expression de sa libre expression.

C'est à partir de faits vécus que l'élève pourra le mieux se développer et apprendre à argumenter en se basant sur des situations concrètes, le but de l'enseignement étant l'épanouissement d'un être libre dans un climat d'éducation et de formation à la vie civique ouverte sur les diverses cultures.


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